Etude des métiers de la filière réalisation

Scripte << Retour à la fiche métier

Contexte et évolutions du métier de scripte

1. Évolutions économiques et organisationnelles

1.1. Conséquences des réductions de temps de préparation

En fonction des divers témoignages recueillis, on constate une réduction des délais de mise en production  diminuant d’autant le temps consacré à l’écriture de scénarios. Ces derniers - nécessairement moins aboutis, dans lesquels subsistent certaines scories et incohérences - représentent souvent pour le scripte une charge de travail supplémentaire et parfois des interventions dans un domaine spécifique - l’écriture de scénario ou le script doctoring - qui ne relèvent pas de sa responsabilité.

Cette situation se présente souvent dans le cas de séries télévisées tournées en cross-boarding où  plusieurs épisodes sont tournés par décor ou par comédien. Le scénario y est alors fréquemment écrit au fur et à mesure du tournage par différents scénaristes et réalisateurs, chacun chargé d’un épisode particulier. Cette rédaction à plusieurs mains multiplie d’autant les risques d’incohérence et complexifie le travail du scripte, responsable de la continuité du projet global.

Les professionnels notent que les productions prennent généralement moins en compte le temps de préparation du scripte, que ce soit dans le cas de fiction ou d’émissions télévisées. Ainsi, les scriptes interrogés estiment  qu’une partie de leur temps de préparation n’est pas pris en compte. Le travail de pré-minutage pour le scénario, par exemple, ne semble pas être considéré à sa juste valeur. Celui-ci relève pourtant d’une grande responsabilité et porte à conséquence en termes de production. Les charges de travail s’alourdissant, l’amplitude des journées s’avère logiquement plus importante.

La réduction de ces durées de préparation n’offre alors pas la possibilité de faire une continuité, mais seulement une chronologie. Sur les fictions télévisées, les scriptes n’ont pas toujours le temps de faire un dépouillement précis. Dans ce cas, ils réalisent un simple tableau de continuité détaillé qui s’appuie sur le dépouillement fait en amont par les  assistants. Cette même situation se rencontre aussi chez les autres collaborateurs qui ne peuvent réaliser au mieux leur propre dépouillement en raison – là encore - du temps qui leur est imparti. La conséquence en est alors le manque évident de confrontations et de vérifications induisant des approximations, chaque collaborateur s’appuyant sur le dépouillement  du scripte.

La réduction des budgets a des incidences sur les temps consacrés à chaque étape (préparation et tournage) qui se répercute par ailleurs sur l’organisation du travail du scripte. En fonction des divers témoignages de professionnels, force est de constater que cette réduction des durées de préparation ne permet pas au scripte de réaliser dans le cadre d’un temps de préparation officiel les activités concernant la cohérence et la continuité du projet qui compose le cœur de son métier.

1.2. Évolution de la relation de travail avec le réalisateur

À la télévision
L’évolution du statut du réalisateur à la télévision a des incidences directes sur le travail du scripte. Le  rôle conféré à l’animateur-journaliste-producteur restreint les responsabilités confiées auparavant au réalisateur. Cette situation met le scripte dans une position délicate d’intermédiaire qui doit tenir compte des avis de chacun dans la synthèse des choix de réalisation de l’émission.

D’autre part, la réduction des durées de production amènent les réalisateurs des émissions de télévision à mener plusieurs projets de front. Chaque réalisation n’est alors plus suivie jusqu'à son terme. Le réalisateur qui donne l’atmosphère du plateau, part après l’émission, et c’est alors au scripte que l’on confie l’entière responsabilité de guider le travail du monteur.

2. Évolutions artistiques et technologiques

2.1. Le travail à plusieurs caméras en fiction

Le travail à deux caméras entraîne parfois un manque de rigueur et de choix en amont. La deuxième caméra n’est pas toujours bien utilisée et peut représenter une perte de temps. Les nombres de prises sont augmentés et les choix multipliés au montage. La quantité de rushes rend encore plus nécessaire la présélection des bonnes prises. Cela complexifie le travail du scripte en matière de vérification des raccords (valeur de plans), de rapport montage et de sélection de rushes. De plus, seul avec deux caméras, le scripte n’est pas toujours informé des changements de focales ou autres. L’utilisation de la méthode dite américaine, qui consiste à tourner méthodiquement la même scène dans tous les axes possibles, laisse une multitude de possibilités au montage et a pour conséquence l’impossibilité du scripte d’anticiper sur celui-ci.

2.2. Le combo

Le combo a éloigné le réalisateur de la caméra, de la scène et des comédiens. Il n’y a plus de débriefing collectif après la prise. Le scripte a par conséquence moins accès aux informations utiles pour le suivi de la continuité du film. Ainsi, par exemple, il ne peut entendre les conversations de l’équipe image, ni connaître les différents changements apportés (choix d’objectifs). L’utilisation d’un combo rend donc nécessaire la collaboration d’un assistant. Les nouveaux combos numériques (PSU) permettent néanmoins au scripte de vérifier plus facilement les points de montage et les raccords.

2.3. La post-production numérique

Le montage numérique a considérablement fait évoluer le travail des scriptes :

  • Sur les émissions de télévision, ces derniers n’assistent plus au montage pour collaborer avec le réalisateur. Par contre, dans certains cas, on leur confie parfois la responsabilité de guider seuls le monteur. En effet, les réalisateurs , devant mener de front plusieurs projets en raison de la réduction des durées de production, ont de moins en moins la possibilité de suivre chaque réalisation jusqu’à son terme.
  • En fiction, le montage numérique permet de disposer de tous les rushes, ce qui a des conséquences sur la rédaction des rapports montage. Les scriptes doivent tenir compte des nouveaux besoins du monteur, et repenser la présentation et le contenu de leurs rapports. Le scripte a en conséquence à modifier sa méthode de travail pour établir ses rapports. Il n’est alors plus nécessaire de décrire aussi précisément les plans, mais d’aider à faire un premier choix de prises, en ayant à l’esprit les possibilités offertes par le montage numérique, qui permet de choisir les meilleurs plans des différentes prises de la même scène.

L’étalonnage et les effets spéciaux numériques

Afin donner les indications nécessaires au laboratoire pour le traitement des rushes, le scripte doit connaître les possibilités offertes par l’étalonnage numérique pour prévoir les corrections éventuelles dans ses rapports (ex : effacer une perche). L’utilisation d’effets spéciaux numériques lui demande de connaître les besoins en prises successives pour pouvoir contrôler la cohérence de l’articulation des différentes couches qui constitueront l’image finale.

2.4. La caméra Haute Définition

L’apparition des caméras HD et leur utilisation sur les tournages devient aussi un facteur de changement important dans le travail du scripte et dans sa relation à l’équipe image. Ces nouvelles techniques de tournage bouleversent le travail de gestion des consommables et de rédaction des rapports image et montage. Les scriptes doivent pouvoir évaluer les durées  et préciser les formats d’enregistrement et de lecture à partir des caractéristiques techniques de différents supports informatiques (disquettes, cartes, cassettes..) et du mode de traitement du menu de la caméra. 

2.5. Les techniques numériques d’enregistrement dans le montage en direct (émissions de télévision)

Les techniques numériques réduisent le temps de recalage et de lancement des sujets qui peuvent provenir d’une multitude de sources possibles simultanément. Elles donnent également la possibilité d’intervenir sur les durées des enregistrements pour les raccourcir ou les allonger. Ces modifications de durée posent des problèmes aux scriptes pour gérer le temps de l’émission, lorsqu’ils n’en sont pas informés à temps.

3. Méconnaissance du métier

Il est à noter que le travail sur la continuité, essentiel à la qualité finale du projet, reste peu visible. Les tâches du scripte sont relativement méconnues par la production elle même, voire même par certains réalisateurs. Curieusement, les productions prennent peu en compte les temps de préparation alors que le pré-minutage du scénario s’avère essentiel pour elles. C’est le cas également pour les émissions de télévision. Ce manque de connaissance a des conséquences sur la transmission du métier, les scriptes rencontrant beaucoup de difficultés à faire accepter des stagiaires.

En France, ce métier est essentiellement féminin et le scripte doit souvent s’imposer pour dépasser le préjugé commun de simple « secrétaire du réalisateur ». Sa fonction mal connue, notamment en Europe, en éloigne le plus souvent la gent masculine. En revanche, dans les pays Anglo-Saxons, les « continuity supervisor » ou « script supervisor » (en fiction…) - proche collaborateur et observateur du metteur en scène - sont le plus souvent des hommes, qui parfois deviennent eux-mêmes réalisateurs. Compte tenu du contexte de l’emploi des seniors, il est parfois difficile pour les scriptes de travailler après 50 ans, dans certains cas, notamment à la télévision. En revanche, on fera appel à des scriptes chevronnées, en raison de la complexité de certaines situations : scénarios comportant de nombreux flash back (séquence d’un film évoquant un souvenir du passé), enchaînements entre des décors très différents, ou encore raccords directs entre studio et extérieurs tournés à des semaines d’intervalles.

Les scriptes interrogés pour l’étude, estiment que leur salaire ne correspond pas toujours à leur niveau de responsabilité, notamment par rapport à ceux d’autres techniciens. Du fait de la réduction des équipes pour des raisons financières, le poste de scripte semble parfois remis en cause. En contrat à durée déterminée d’usage, ils se trouvent en situation de précarité. Cela induit de nombreuses difficultés pour la négociation de leur contrat, la reconnaissance du temps de préparation, ainsi que leur salaire. A contrario, ceux qui ont un contrat à durée indéterminée (au sein de chaînes de télévision notamment) bénéficient d’une situation plus stable et mieux reconnue.

¤ Haut de page