Etude des métiers de la filière réalisation

Réalisateur << Retour à la fiche métier

Contexte actuel et évolutions

Marché du travail

Malgré l’hégémonie américaine, le nombre de production en France reste élevé (entre 180 et 200 long-métrages produits par an, dont la moitié représentant des premiers films). Pourtant, si l’industrie fonctionne, on constate que le marché du travail des réalisateurs n’en va pas de même : En dehors de quelques producteurs et réalisateurs salariés par la télévision, la majorité des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel sont salariés sous Contrat à Durée Déterminée dit d’usage, et tous alternent périodes de travail et périodes chômées. Selon la convention collective des techniciens de la production cinématographique datant de 1950, et celle plus récente de la production audiovisuelle, une « définition de fonction » concerne le réalisateur qui ne bénéficie d’aucun salaire minimum. Il faut donc trouver le plus de contrats possibles pour réaliser les heures nécessaires permettant, lors des périodes chômées, de bénéficier d’allocations. Or, il est à noter une diminution de la durée moyenne des contrats, des durées de tournage, au fur et à mesure du temps. Estimée à 21 jours en 1997 dans le cadre du cinéma, elle est passée à moins de 5 jours à partir de 2003. Cet état de fait est aussi sensible dans les autres productions audiovisuelles et notamment dans les fictions télévisées. La rémunération moyenne a, quant à elle, baissé de près de 26 % depuis la fin des années 1990. Par ailleurs, l’écart se creuse entre les réalisateurs qui perçoivent des salaires et des droits d’auteur conséquents (exemple : 20 000 euros par jour pour une très grosse émission de direct, ou une publicité), et ceux qui gagnent à peine le smic (exemple : moins de 1000 euros par mois durant la conception d’un documentaire). Dans certaines situations abusives, le réalisateur peut obtenir une rémunération globale (40% et plus) sous forme d’avance sur ses droits d’auteurs éventuels au détriment du salaire correspondant à sa durée de travail, diminuant ainsi ses droits sociaux. La réalisation, reste l’une des professions de l’audiovisuel les plus touchées par le chômage qui s’accroît d’année en année.

Difficulté du montage des projets

Le coût des films reste très important ce qui implique une longue phase de recherche de financements. Pourtant une majorité de premiers films se font jour, restant pour beaucoup de réalisateurs un projet sans suite. Sur 182 films français réalisés en 2009, 77 d’entre eux étaient des premiers films et 37 des seconds. Le cinéaste se bat souvent des années pour monter son film, y compris lorsqu’il s’agit de fictions télévisuelles. La plupart du temps, il n’est pas payé pendant cette période. Le réalisateur écrit, réécrit, présente son projet à des commissions, rencontre des personnes pour le soutenir, essuie des refus, réécrit, tente d’attirer l’attention des chaînes de télévision, frappe à toutes les portes, est souvent rejeté, doit recommencer ailleurs, et ainsi de suite … Rien n’est jamais acquis, même pour un réalisateur chevronné, l’échec commercial d’un film peut mettre en péril le montage des suivants. Car avoir un projet passionnant ne suffit pas : il faut des appuis. C’est un travail de longue haleine. Et même s’il est accompagné d’un producteur, le réalisateur reste le moteur principal qui ne doit compter que sur ses propres forces. Après trois ans de difficulté et suite à la sortie de son second long-métrage, la réalisatrice Brigitte Rouän témoignait : « Ce ne sont pas les meilleurs projets qui aboutissent, ce sont les gens les plus endurants. Il faut tenir, traverser les difficultés et résister. » Conviction, endurance et solidité restent donc les maîtres mots pour entrer et demeurer dans ce métier.

Le rôle de la télévision

La télévision constitue l’un des marchés directeurs, y compris pour le cinéma. Le réalisateur est soumis aux avis des diffuseurs et peut subir la pression des financements et le formatage des projets. Afin d’avoir une chance d’être financé par les chaînes, les films proposés doivent pouvoir entrer dans un programme préconstitué. La quête d’une audience recherchée par les diffuseurs peut nécessiter l’emploi de comédiens côtés sur le marché, peut conduire à des normes esthétiques, à des formats précis et des narrations simples, linéaires, divertissantes et consensuelles. Selon les professionnels interrogés, il s’agit souvent de ramener les films à des produits de série, bien identifiés, qui évitent toute vision trop personnelle ou difficile. Cette exigence de l’audience entraîne par ailleurs les chaînes à adapter des concepts d’émissions éprouvés à l’étranger plutôt que de se lancer dans des créations originales. Si certains réalisateurs s’adaptent aux contraintes de ces cahiers des charges qui peuvent parfois stimuler leurs créativités, d’autres en revanche n’y trouvent pas leur compte. De fait, il est à noter que les diffuseurs et les producteurs prennent de moins en moins de risques vis-à-vis de créations non consensuelles.

Division et diversification des tâches

En raison de l’évolution des techniques numériques et de leur démocratisation, le réalisateur peut occuper plusieurs postes, en particulier lorsqu’il s’agit du documentaire. Certains réalisateurs ayant eu une expérience de technicien au préalable, peuvent réinvestir avec profit leur savoir-faire dans leurs productions. Par choix artistique ou par souci d’économie, ils peuvent assumer l’entièreté des tâches qui relevaient traditionnellement de leurs collaborateurs (prise de vue, captation sonore, montage, production, etc.). Mais dans la plupart des cas, il faut noter que les compétences spécifiques à ces métiers, demandant un savoir-faire acquis grâce à des années d’expérience, tendent aujourd’hui à être le plus souvent comprimées, n’ayant plus l’espace et le temps de s’exercer pleinement. Dans ce cas, le réalisateur se prive alors de la distance critique apportée par les échanges avec les membres de son équipe.

A la télévision, sur certaines émissions de plateau – notamment sur les chaînes émergentes (numériques, locales) aux budgets moindres - les métiers peuvent se fondre, ainsi le réalisateur remplit parfois d’autres fonctions telles que, par exemple, celle de truquiste. D’autre part, les responsabilités liées aux choix artistiques lui sont retirées. Sur les séries de fiction télévisées comme pour les émissions de plateau récurrentes, le contenu lui échappe le plus souvent. Dans ce cas, seules la mise en images, la coordination et la direction d’équipe lui restent confiées. En revanche, lorsqu’il participe à la genèse d’un projet, il peut insuffler une part créative plus importante.

Il est intéressant de constater que cette nouvelle répartition et division des tâches, conduit à la dissolution des métiers spécifiques, qui permettait à chacun, de maîtriser dans son domaine des projets du début à la fin. Chaque compétence propre semble aujourd’hui s’épuiser d’une part dans le retrait des travaux caractéristiques, et d’autre part, dans l’exercice d’autres tâches nécessairement moins connues. La valeur du savoir-faire et des compétences propres du réalisateur et de ses collaborateurs, qui lui donnait une reconnaissance dans la profession, paraît s’effacer pour laisser place à la valeur de l’efficacité organisationnelle. En exerçant désormais une fonction multiforme, nécessairement plus difficile à finaliser entièrement et correctement, cette transformation du travail conduit à une frustration vécue de plus en plus fortement par nombre de réalisateurs rencontrés.

Malgré ces difficultés, le milieu professionnel exerce toujours une forte attractivité (essentiellement pour le cinéma) alors que l’entrée dans le métier reste difficile d’accès et réclame des compétences multiples et approfondies acquises par une expérience du terrain.

Les évolutions possibles

Au regard des professionnels rencontrés, il apparaît que l’objectif premier d’évolution soit l’élargissement de leur activité vers la création et la conception entières de projets en devenant auteur (concepteur artistique, auteur-réalisateur-scénariste), voire producteur, afin d’acquérir une plus grande autonomie. D’un point de vue économique, la plupart tendent à ouvrir leur champ d’intervention vers d’autres secteurs (publicité, films d’entreprise, etc…). Pourtant, il est à noter la segmentation des marchés et de leurs acteurs (producteurs, réseaux professionnels). En effet, on constate des cultures et des réseaux différents spécifiques à chaque profil de réalisateur (fiction, documentaire, reportage, film publicitaire, émission de télévision, film institutionnel), ce qui réduit les passerelles entre ces secteurs. Ainsi, par exemple, il semble souvent difficile de passer de la télévision au cinéma, du documentaire à la fiction, ou encore du film institutionnel à la publicité. Lors des entretiens, la confrontation des pratiques a néanmoins permis d’identifier des similarités dans les activités des réalisateurs interrogés, permettant de créer des ponts entre les secteurs.

Par ailleurs, il est à noter que de nouveaux secteurs semblent s’ouvrir en particulier s’agissant d’Internet, et des réseaux de téléphonies mobiles. Parmi les personnes interrogées, quelques-unes d’entre elles expérimentent déjà la mise en ligne de leurs films (court métrages, sketches, épisodes de séries télévisées, etc.). On peut se demander comment la profession évoluera dans ces nouveaux contextes. Comment les activités de création, de production, de fabrication, de diffusion vont-elles se développer ? On peut penser que les techniques spécifiques à la transformation des images numériques se démocratiseront à travers des logiciels accessibles aux non-spécialistes. Les réalisateurs assureront peut-être alors une grande part de la chaîne de fabrication du film. De la même manière, n’assumeront-ils pas également les activités de production, de diffusion et de communication grâce à ces nouveaux medias ? Dans ce contexte de disparition des collaborateurs directs au profit de collaborateurs internationaux et virtuels, que deviendront alors les relations de travail dans cette dématérialisation des rapports humains ? Cela donnera-t-il ou non une plus grande autonomie et liberté de création au réalisateur ? Comment ses productions trouveront-elles leur public au sein d’une profusion d’images en expansion continuelle ? Comment pourra-t-il utiliser les réseaux sociaux sur Internet dans cette perspective ? Qu’en sera-t-il de sa rémunération et de ses droits d’auteurs ? D’autre part, concernant ses œuvres elles-mêmes, comment seront-elles sauvegardées, sachant qu’aujourd’hui la conservation de ces nouveaux supports numériques reste aléatoire ?

¤ Haut de page