Etude des métiers de la filière réalisation

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Contexte et évolutions du métier d’assistant réalisateur

Les évolutions économiques

1. Incidences sur les activités de préparation du tournage

1.1. Réduction du temps de préparation

Les durées de préparation et de tournage se réduisent, l’assistant a moins le temps de faire plusieurs hypothèses et de les faire valider par le réalisateur. L’évaluation du temps de tournage est une activité essentielle de l’assistant et représente une grande responsabilité. C’est sur la base de cette estimation que la production pourra  notamment déterminer le budget nécessaire à la réalisation du film. Mais le temps de tournage est souvent estimé avant l’engagement du premier assistant sur le projet. Dans ce cas, il devra adapter le plan de travail à des durées la plupart du temps réduites par rapport aux besoins du film.

1.2. Contraintes du casting

En fiction, il arrive fréquemment que l’enveloppe budgétaire soit définie en fonction du casting avant que l’assistant réalisateur ait pu évaluer le temps et les moyens nécessaires au tournage. Ainsi, les assistants sont confrontés aujourd’hui à des contraintes de casting de plus en plus fortes qui déterminent l’élaboration d’un plan de travail, et peuvent entraîner le report du tournage. Les acteurs-vedettes représentent un enjeu financier : le film dépend du casting. On est parfois amené à reporter les dates de tournage si les acteurs ne sont pas disponibles aux dates prévues.

1.3. Mise en production précoce

«Même si les scénarios ne sont pas finis, pas aboutis, les choses ne sont pas maîtrisées au niveau de l’écriture, on lance quand même le film ».

Pour certaines fictions, la mise en production trop précoce de scénarios inaboutis, et un budget insuffisant, compliquent le travail de préparation de l’assistant qui doit faire face à des changements permanents.

2. Incidences sur le champ d’activité de l’assistant

2.1. Le casting

Aujourd’hui, cette tâche est confiée de manière quasi systématique aux directeurs de casting et aux chargés de figuration, pour des raisons de réduction du temps de préparation des films.

2.2. Les repérages

Une des responsabilités de l’assistant réalisateur est le repérage des décors principaux. Il peut déléguer cette responsabilité en général au second assistant ou, lorsqu’il y a des problèmes d’autorisation de tournage, au régisseur ou encore à des repéreurs, notamment s’il y a une impasse, une difficulté ou en fin de préparation des décors qui manquent.

Néanmoins, en fiction, la tâche de repérage des décors de l’assistant tend à disparaître au profit des métiers spécialisés dans la recherche des décors. Les réductions des délais de préparation et de tournage entraînent une division des tâches et réduisent le champ d’intervention de l’assistant. Pour les émissions de télévision aussi, le repérage est parfois fait par un chargé de production.

2.3. La préparation

Sur les émissions télévisées, la fonction d’assistant est moins délimitée qu’en fiction, deux situations sont possibles : soit la préparation est prise en charge par des chargés de production et l’assistant n’intervient que lors du tournage, soit l’assistant réalisateur fait la préparation et intervient également sur des activités qui relèvent habituellement de la production. On lui demande de la polyvalence et parfois de prendre en charge le travail d’accessoiriste et de cumuler également les activités de régisseur.

L’arrivée des nouvelles chaînes thématiques, qui disposent de moins de moyens financiers, réduit les équipes et exige davantage de polyvalence de la part des assistants, auxquels des tâches de production sont déléguées.

3. Incidences sur les relations de travail

3.1. La relation au réalisateur

L’assistant réalisateur est souvent amené à conseiller et parfois à intervenir dans le domaine de la réalisation pour soutenir un réalisateur débutant.

Pour les émissions de télévision, l’assistant réalisateur doit également collaborer avec l’animateur vedette qui devient souvent aussi producteur de l’émission et intervient alors dans les choix de réalisation.

3.2. La relation au producteur

Les professionnels interrogés s’accordent à dire que le profil de leurs interlocuteurs de la production a changé. Ils constatent que nombre d’entre eux sont issus d’écoles de commerce et non plus du milieu artistique. Ils se trouvent alors confrontés à une vision plus économique et financière qui ne place pas toujours au premier plan les enjeux artistiques. Cette tendance est accentuée par le rôle des diffuseurs qui, en contribuant au financement du cinéma par la télévision, interviennent de plus en plus dans les choix de réalisation. Ils deviennent parfois les interlocuteurs directs du réalisateur, remplaçant le producteur.

4. Incidences sur les conditions de travail

4.1. Intensification des rythmes de travail

« Il y a 20 ans, … produisait déjà des émissions de télévision comme on les produit maintenant : le rythme de travail était très intense, aujourd’hui toutes les productions travaillent comme cela » « Avant, un assistant travaillait sur une seule émission à la fois. Maintenant, il doit travailler sur plusieurs projets simultanément pour survivre ».
 La réduction significative des délais de fabrication des films et des émissions et le contexte très mouvant et aléatoire des productions exigent des assistants de multiplier les projets avec des réalisateurs différents pour maintenir leur niveau d’activité. Cette situation est d’autant plus fréquente que les durées des productions sont courtes. Notamment dans le cas d’émissions de télévision, les assistants réalisateur travaillent simultanément sur plusieurs projets. En série télévisuelle, les assistants doivent travailler avec plusieurs réalisateurs.

« Avant, un assistant travaillait toujours avec le même réalisateur, aujourd’hui on ne peut pas survivre comme cela, il faut multiplier les projets pour se maintenir sur le marché » Certains assistants de télévision travaillent pour plus de 30 productions différentes par an, les productions naissent et disparaissent rapidement, le marché du travail est très mouvant, en évolution constante.

« Quand on travaille simultanément sur plusieurs projets, on doit apprendre à gérer des habitudes de travail différentes. » L’assistant doit donc prendre en compte ces changements et s’y adapter, en mobilisant toutes ses capacités d’organisation pour gérer chacun des projets qu’il mène de front.

4.2. Délocalisation des tournages

Dans le cas de délocalisation des tournages, pour des raisons financières, les techniciens sont souvent recrutés localement. Néanmoins, il semblerait que si les productions considèrent qu’un certain nombre de postes techniques sont interchangeables, elles reconnaissent parfois aux premiers assistants des connaissances spécifiques nécessitant une formation et/ou une transmission. Le premier assistant collabore alors avec des équipes internationales.

« En Macédoine, avec un scénario en anglais, on a tourné avec une équipe composée de deux techniciens belges, deux techniciens français, les autres techniciens venaient de Bulgarie, de Macédoine, de Slovénie, mais le premier assistant était français »

Évolutions technologiques

L’arrivée des techniques numériques et notamment de la Haute Définition induit des changements qui ont des incidences sur les activités de chaque technicien (image, son). L’assistant doit intégrer ces changements dans sa préparation, pour arriver à évaluer les temps d’installation et organiser le travail. Il doit connaître les trucages numériques possibles en post-production qui peuvent remplacer ceux qu’il pouvait proposer pendant le  tournage. La préparation des effets spéciaux numériques demande à l’assistant un dépouillement très minutieux, notamment à partir d’un storyboard, pour tenir compte des différentes prises de vues nécessaires à leur réalisation.

L’assistant réalisateur doit également se tenir au courant et se former aux évolutions des nouvelles technologies de l’information et de la communication pour améliorer ses propres outils (plans de travail, dépouillements, feuille de service, continuité). Il doit pouvoir maîtriser des logiciels informatiques de bureautique ou des logiciels dédiés à la préparation et à l’élaboration du plan de travail (EP Scheduling, Movie Magic Scheduling, Movie Base) et savoir utiliser les moyens de communication à distance sur Internet :

  • pour faire des recherches : fichiers et annuaires, sites météo, cartes, plans, adresses et itinéraires.
  • pour partager des informations avec des autres membres de l’équipe en se servant de plate-forme FTP (File transfert protocol : plate-forme destinée à gérer des transferts de fichiers image et texte entre différents utilisateurs).

La connaissance des dernières applications des téléphones mobiles possédant un écran tactile avec accès à Internet permet également de disposer de nouveaux outils très utiles à l’assistant réalisateur (site météo, calcul d’angles et de focale, conversion d’unité de mesure, horloge planétaire etc…)

« Il n’y a pas si longtemps, avant l’arrivée des ordinateurs portables, les assistants réalisateurs, travaillaient quasi exclusivement à la main, avec des crayons, du papier et des feutres de couleurs, et sur des systèmes de board et de baguettes cartonnées pour établir et gérer le plan de travail d’un film. Aujourd’hui, il y a des logiciels de plan de travail et de dépouillement, des systèmes de base de données performants, des logiciels de story-board qui permettent de pré-visualiser un plan ou des mouvements de caméra. Des solutions de bureau sur Internet permettant de partager efficacement les informations de préparation, calendriers, documents… Une véritable révolution en 10/15 ans. Tout a changé et ne cesse de changer, et l’on se doit pour rester dans le métier d’intégrer peu à peu les nouvelles possibilités qu’offre l’informatique ». Cf Ali Cherkaoui, revue seize neuvièmes, mai-juin 2008

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